La métaphysique à fleur de peau. Recherches sur l’autre monde

Antoine Altieri
Theology - reviewer : Pascal Ide

Dans le prolongement de sa thèse (Voir infiniment, 2016), Antoine Altieri propose une apologétique qui montre à un monde postmoderne et sécularisé que le don divin rejoint et affleure dans la vie de l’homme même irreligieux. Si la thèse est classique (la grâce accomplit la nature), la perspective, phénoménologique, est inédite. Pour l’établir, l’A., qui est maître de conférence en anthropologie à la Faculté de philosophie de l’Institut catholique de Toulouse, convoque, de manière très balthasarienne, deux expériences : la beauté (2e part.) et l’amour (3e part.). Mais, contrairement à L’amour seul est digne de foi, il prend le temps de décrire longuement et au plus près le vécu esthétique et amoureux. Or, à chaque fois, il y décèle un événement (la rencontre d’une œuvre ou d’une personne), une donation pure et un surcroît – autant de notes qui sont caractéristiques de la gratuité de la grâce divine. Derrière cette double expérience, il y a celle de la personne qui est toujours irréductible à une chose, un objet ou une substance et dont l’A. cherche à rendre compte à partir d’une 3e voie qui synthétise l’égologie husserlienne (et henryenne) et l’éthique lévinassienne de l’altérité (1re part.).

Le lecteur se réjouira de la clarté d’un propos et d’une phénoménologie de l’amour qui, s’arrachant à la seule passion érotique, retrouve la norme personnaliste chère à Wojtyla, c.-à-d. au désintéressement. Mais ici commence la difficulté majeure de la démonstration. L’A. dépasse-t-il la seule analogie de proportionnalité : l’amour-don est à la connaissance ce que la grâce est à la nature ? En quoi l’autre monde que l’apologète dévoile est-il plus celui de l’esprit qui transcende la matière et la nature ? Pour le dire dans les catégories pascaliennes, en quoi l’expérience esthétique et amoureuse honore l’irréductibilité de l’ordre de la charité à l’égard de l’ordre de l’esprit ? Pour le dire avec Balthasar dans Vérité du monde, l’apparition révèle un fond qui n’est pas seulement immanent (créaturel), mais transcendant (donc révélé). Blondel était plus rigoureux qui, poursuivant le même dessein apologétique, savait que la phénoménologie ne pouvait honorer le sursum du désir de voir Dieu qu’en s’ouvrant sur une métaphysique affirmant : « C’est ». — P.I.

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