Le langage de la prière. Essai d'analyse philosophique, tr. Cl. Vasseur

R. Schaeffer
Spiritualiy - reviewer : Paul Detienne s.j.
L'A., philosophe allemand, étudie la spécificité du langage de la prière, en ce qu'il diffère de l'usage habituel de la parole: son rôle n'est pas d'informer Dieu (puisqu'il est omniscient), ou de le motiver (puisqu'il est toute bonté). Il remarque, par ailleurs, que la plupart des «prières formulées librement» au cours de nos eucharisties sont moins des prières que soit des enseignements (fais-nous comprendre), soit des exhortations (donne-nous un coeur ouvert…), soit des jugements (pour les puissants de ce monde…). Pour l'A., la prière véritable est un acte de langage, tel qu'on le rencontre, en premier lieu, dans l'invocation du Nom, (Toi notre Dieu et le Dieu de nos pères), par laquelle j'entre en corrélation avec Dieu, dans un contexte de souvenir et de rencontre actuelle. La pragmatique y précède la sémantique: l'invocation de Dieu précède la connaissance de Dieu. Dans l'invocation, je rencontre le Dieu dont les actions d'autrefois continuent à resplendir aujourd'hui et demain. Notons que la proposition relative latine «Dieu, qui nous as fait sortir d'Égypte» traduit une forme participiale hébraïque (qui exprime le don de stabilité dans le changement) et causative (qui suggère la puissance suscitante de Dieu): Toi, le-faisant-sortir-d'Égypte, formule qui est utilisée comme un nom de Dieu. Celui qui prie se définit à partir de la présence de Celui à qui il s'adresse. L'invocation du Nom, qui réactive une relation déjà existante, se déploie dans une série de propositions narratives, dans lesquelles je raconte soit mon passé (dans lequel Dieu a joué un rôle décisif), soit le passé de Dieu (ses hauts faits accomplis pour mon salut): ces deux histoires, qui manifestent la libre attention de Dieu pour celui qui prie, évoquent des souvenirs communs, source de mon espérance. Dans la prière, le remerciement, qui est toujours premier (cf. la formule Deus qui… qui est bien autre chose qu'une règle de politesse ou un calcul intelligent), la plainte et la demande sont l'expression de la confiance que j'ai en ce Dieu qui a le pouvoir d'écarter ce qui me donnait des raisons de me plaindre et qui peut faire que des événements, qui par le passé ont donné lieu à des remerciements, se reproduisent dans l'avenir. Un ouvrage dense, dont l'excellente traduction n'enlève pas le caractère occasionnellement abscons. - P. Detienne, S.J.

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