Le sacré en questions. Lectures et mises en perspective de Hans Joas
Alexandre Escudier Pierre Gisel Jean-Marc TétazTheology - reviewer : Isabelle de la Garanderie
Un livre au sujet d’un livre et qui en retourne le titre : ne serait-ce pas de la réflexion qui serait centrée sur elle-même ? Bien au contraire, le titre de cet ouvrage indique le sujet – le sacré, thème ô combien actuel – et son angle majeur : la discussion des thèses d’Hans Joas dans Les pouvoirs du sacré – une alternative au récit du désenchantement. On est en droit de méconnaître encore les thèses de l’auteur, professeur de sociologie à Berlin et à Chicago : il s’appuie sur les travaux de Weber pour ensuite contrer le postulat de ce dernier sur le « désenchantement » de notre monde et proposer une autre alternative, autour du « sacré ». Plus précisément et autrement dit, selon Johann Michel, les deux thèses majeures de Joas dans le livre concerné sont, sur le plan sociohistorique, la remise en cause du « récit wébérien du désenchantement progressif et inéluctable du monde » (p. 143), et, sur le plan socioanthropologique, le fait que le phénomène religieux, quoique massif, reste « un phénomène contingent [tandis que] le sacré est un phénomène universel » (p. 144).
Ce qui est proposé ici, c’est donc une lecture puis une discussion polyphonique avec son livre, écrit par un collectif dont la grande force est de croiser les spécialistes de différentes disciplines, de la sociologie à la théologie, en passant par la philosophie, le rapport aux sciences et même les sciences politiques. Il est certain que, selon notre spécialité propre et malgré le soin apporté par chacun à rester accessible, on sera plus à l’aise avec tel ou tel article. Ainsi, si le philosophe trouvera sa matière dans la 1re moitié de l’ouvrage, le théologien sera probablement davantage intéressé par les contributions de Pierre Gisel sur les liens entre religion et société, appuyés sur la Réforme et celle de Christoph Theobald revisitant les liens complexes en christianisme entre saint et sacré, qui part d’une équivalence postulée par Joas entre sainteté et sacralité dans la préface eucharistique. Ce qui est sûr, c’est que c’est bien Hans Joas lui-même qui donne à la fin de l’ouvrage, à chacun des contributeurs, une « réplique », ce qui pousse le style conversationnel de ce livre jusqu’à son terme et donne largement envie de mieux connaître son œuvre. — I.d.L.G.