Le yoga des yogis. La face cachée de l'Inde
Marion DapsanceReligions - reviewer : Thierry Le Goaziou
Docteur en anthropologie de l’École pratique des hautes études, Marion Dapsance a un parcours d’enseignement (Institut Catholique de Paris ; Domuni Universitas) tout autant que spirituel puisqu’elle s’est tournée vers l’islam, le bouddhisme pour finalement revenir au catholicisme. L’A. a publié plusieurs ouvrages critiques sur le bouddhisme, estimant que la représentation occidentale de celui-ci est erronée car sa pratique dans les pays asiatiques est très éloignée d’une quelconque technique d’épanouissement personnel. Avec cet ouvrage, l’anthropologue s’inscrit dans la même approche, en proposant une relecture iconoclaste du yoga qui, dans le berceau natif indien, est loin d’être une pratique du développement personnel et d’apaisement intérieur comme pensent le comprendre les pratiquants des pays développés. S’appuyant sur les dernières recherches (anthropologie, histoire, culture), elle entreprend de dénoncer la duplicité dont est victime cette pratique indienne et son appropriation mercantile et idéalisée. En 3 chap. décapants – « Yoga et retrait du monde, la voie des mortifications » ; « Le hata yoga, absorber la déesse pour devenir surhomme » ; « Manifester Shiva, la violence au cœur de la vie yogique » – dans un registre littéraire qui se rapproche d’une forme de pamphlet, tout en s’appuyant sur des sources scientifiques qui font autorité, l’A. démystifie cette discipline ascétique et nous montre un visage très différent de ce que l’on imagine spontanément. Les exploits corporels de certains yogis ne sont que l’illustration d’un mépris du corps qui n’est qu’un obstacle à la divinisation de l’être, indispensable pour obtenir des superpouvoirs. Cette pratique est à l’opposé de la conception chrétienne du corps comme temple de l’esprit (1 Co 6-19-20) qu’il convient de respecter et d’habiter harmonieusement. À l’inverse, le yogi n’hésite pas à recourir à des ritualisations magiques, à des mortifications physiques, à des comportements déviants et à des consommations hallucinogènes. L’ouvrage contribue ainsi à éradiquer une sagesse occidentale fantasmée quant à la finalité intrinsèque du yoga indien. La conclusion de l’ouvrage permet de situer cette ascèse extrême vis-à-vis du christianisme. Celui-ci cherche à réaliser une forme d’unité de la personne tandis que celui-là cherche à la séparer, au sein d’une approche radicale de la dissociation, renforçant ainsi une soif inextinguible de toute-puissance (p. 145). — T.L.G.