À 92 ans, le professeur émérite à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg, offre un livre de sagesse, ou du moins sur la sagesse. Il présente en effet, la foi comme une sagesse, et une sagesse élémentaire, au sens d’Albert Schweitzer, qui vient d’Euclide (Les éléments) : les traits premiers et universels de l’humain en deçà des développements de la culture. Le sous-titre n’est pas moins important : comme dans toute son œuvre (notamment les 5 tomes de la Dogmatique parue chez Labor et Fides et les 5 tomes des Écrits théologiques publiés au Cerf), l’A. veut montrer que les religions en général et le christianisme en particulier ne sont pas une fuite de ce réel élémentaire, mais son cœur et son efficience. Cette « petite sagesse vivante » part de la vie et de l’éthique (chap. 1-2) pour se déployer au rythme des trois théologales, foi (chap. 3-4), amour (chap. 5-6) et espérance, dont la vie est la prière (chap. 7-8), avant de conclure sur l’humanité et la religion (postface).
Sans surprise, l’on y retrouve les thèmes favoris de l’A. comme la scission moderne (le dualisme) entre l’objet et le sujet (p. 56-58), dont traitait déjà son premier livre paru voici presque 60 ans, à propos de la rupture entre sciences de la nature et sciences de l’histoire (Nature et histoire, 1965). On pourrait faire la liste des questions posées par ce livre sans note, à commencer par cette absence, sauf les trois qui renvoient au Nouveau Testament, p. 164 (qu’est la foi sans les Saintes Écritures, ici étrangement coupées de leur terreau vétérotestamentaire ?) et cette centration sur l’agir qui n’accorde qu’une portion congrue à la vérité, à la nature (hors les trois lois trop pessimistes sur la vie : p. 40-43). Mais attardons-nous plutôt sur quelques synthèses suggestives, par exemple dans son chap. 5 sur l’amour, à propos du pardon, du cœur, de la bonté-beauté comme rayonnement (p. 95-100). — P.I.