Sur les épaules de géants. Les sources chrétiennes de l’Antiquité et du Moyen Âge aujourd'hui. Actes du colloque de Rome (10-11 oct. 2022) et de conférences données à l'occasion des 80 ans des « Sources Chrétiennes »
(éd.) Guillaume BadyHistory of thought - reviewer : Boris Paschke
Tout 1er vol. de la coll. « Sources Chrétiennes » (SC), l’éd. française de la Vie de Moïse de Grégoire de Nysse fut courageusement publiée en 1942, « en pleine persécution des juifs par les nazis » (p. 55). En 2022, afin de commémorer les 80 ans de la coll., quelques événements académiques ont été organisés (à Rome, Paris et Lyon) dont 17 conférences sont consignées dans le recueil ici recensé. Face à l’importance immense des environ 650 vol. des SC pour les études théologiques, nous nous trouvons « assis sur les épaules de ces géants que sont les auteurs patristiques et médiévaux, mais aussi tous ceux qui ont collaboré aux “Sources Chrétiennes” » (p. 39).
Le livre traite du passé, de l’état actuel ainsi que de l’avenir prévu (ou souhaité) des SC. En ce qui concerne l’histoire de la série, presque un tiers des chap. se focalise sur Henri de Lubac (1896-1991), cofondateur des SC (avec Victor Fontoynont et Jean Daniélou).
Aujourd’hui, comme Guillaume Bady, l’éd. du recueil, le souligne : « la collection est à ma connaissance la plus ample au monde dans notre domaine, dans la mesure où elle est la seule à présenter en un même ensemble 14 siècles de littératures en de multiples langues, et elle héberge déjà environ 200 auteurs différents » (p. 53). L’anthologie donne un très bon aperçu de la coll. À plusieurs reprises, la pertinence des SC pour aujourd’hui est soulignée. Ainsi, dans notre époque où « l’Église est devenue à nouveau une Église de martyrs » (p. 169) les actes des martyrs (p. ex. SC 609) sont importants parce qu’ « éditer les textes martyrologiques nous aide à nous tenir sur les épaules des géants pour jeter un regard au-delà du temps de l’Église que nous sommes appelés à vivre aujourd’hui et du temps de notre contemporanéité, avec une conscience critique des valeurs qui y sont liées » (p. 176).
À propos de l’avenir des SC, il reste encore beaucoup à faire : « l’horizon à découvrir est donc encore immense, et le prétendu géant, ridiculement petit ! » (p. 53). P. ex., sur l’axe temporel, entre les montagnes des siècles bien étudiés dans les SC, il y a « une profonde vallée, celle du xe siècle, avec Grégoire de Narek pour seul représentant » (p. 45 ; cf. SC 78). Nous remarquons que la question de l’apport possible de l’intelligence artificielle à l’édition et l’ecdotique des textes paléochrétiens et médiévaux aurait pu être abordée et discutée. — B. Paschke