Un nouveau concile qui ne dit pas son nom ? Le synode sur la synodalité, voie de pacification et de créativité
Christoph TheobaldTheology - reviewer : Alban Massie s.j.
Synodos est-il l’équivalent grec du latin concilium ? Le titre, sans être provocateur, se veut suggestif et reprend une question sur l’identité conciliaire ou synodale de l’Église. Celle-ci avait été abordée après le concile Vatican ii entre des théologiens de l’Église comme Küng (conciliarité) et Ratzinger (sacramentalité). Le caractère eucharistique de l’Église est présenté à plusieurs reprises dans l’ouvrage comme une solution pour sortir de ce débat.
Christoph Theobald part de la Parole de Dieu, au chap. 1, « Lire ensemble les Écritures et réapprendre à marcher ensemble » (p. 7-15). Il s’agit d’un parcours dans le Nouveau Testament exclusivement.
Le chap. 2, « La synodalité – une dimension constitutive de l’Église ? », présente chronologiquement les ecclésiologies passées et commente des textes difficiles. Il souligne la dimension prophétique du Peuple de Dieu dans l’exercice du sensus fidei fidelium par le consensus universalis. Encore un sujet débattu entre théologiens.
Le chap. 3, « De la célébration d’événements exceptionnels à l’apprentissage de nouvelles manières de s’écouter mutuellement et de prendre des décisions », prend la mesure du processus synodal actuel dans la durée. L’A. développe la nécessité de « l’accord » pour la mission et la vie de l’Église ad intra après en avoir décrit les étapes et avant de présenter plusieurs textes magistériels. Les observations peuvent être critiques par moment (représentation des femmes, place des pauvres, rôle du pape dans le processus). On comprend que la démarche pastorale et synodale est pour ainsi dire entourée d’une « pneumatologie pratique » ou d’un « pragmatisme éclairé ». Il serait intéressant de discerner dans quelle mesure l’incarnation de la doctrine lui permet d’échapper à la menace d’abstraction dont on fait grand cas aujourd’hui.
Le chapitre 4, « Un chemin de conversion spirituelle et institutionnelle », plus court et moins technique que le précédent, met l’accent sur l’action de l’Esprit-Saint.
L’engagement personnel de l’A. se vérifie au chap. 5, « Une nouvelle vision de l’Église dans l’histoire humaine et dans la société se dessine », qui considère la démarche synodale dans son rapport à la Tradition (continuité/rupture) en s’appuyant sur K. Rahner et G. Lafont. Il y aurait certainement à prolonger la réflexion sur la vision messianique du monde par l’Église et la théologie de l’histoire (on pense aux impasses provoquées par le « joachimisme », telles qu’elles ont été analysées par Lubac).
La conclusion, « Un concile qui ne dit pas son nom ? » est un aveu d’humilité : « le Synode doit être compris comme acte de réception catholique du concile Vatican ii ».
L’ouvrage permettra à des lecteurs non-théologiens de comprendre davantage les enjeux concrets de la démarche initiée par le pape François. Ce manuel ecclésiologique engagé, en entrant aussi dans le détail des questions de théologie fondamentale et ecclésiale que pose le processus synodal, permettra au théologien de formation de continuer la recherche. — A. Massie s.j.