Liturgie et réforme. 65 ans d’études dans la NRT

20/02/2026 |  toutes les Nouvelles théologiques

Alban Massie s.j.

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Un parcours à travers six articles de la NRT consacrés à la liturgie et, plus particulièrement, à la question de la réforme liturgique.

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Des années qui précèdent immédiatement Vatican II à la crise relancée par la décision de la Fraternité St-Pie X de procéder à des consécrations épiscopales sans mandat du Souverain Pontife, en passant par la réception du Missel romain et les débats sur Traditionis custodes, ces études permettent de saisir à la fois les enjeux doctrinaux, spirituels et pastoraux de l’Opus Dei et opus humanis qu’est la liturgie.

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1) Léopold Malevez s.j.

« Liturgie et prière privée », NRT 83/9 (1961), p. 914–942

 

À la veille du concile Vatican II, le mouvement liturgique est déjà très vivant, mais aussi discuté. L’article s’inscrit dans ce moment de clarification, où l’on cherche à comprendre ce que la liturgie engage réellement dans la vie spirituelle, et comment elle s’articule avec la prière personnelle et la contemplation. Le père Malevez, jésuite belge, philosophe et théologien, discute l’ouvrage de J. et R. Maritain, Liturgie et contemplation. Il met en lumière deux « régimes » de prière : la prière liturgique (publique, ecclésiale) et la prière privée (personnelle, intérieure). Il en souligne à la fois l’unité profonde et les différences nécessaires, afin d’éviter deux dérives symétriques : réduire la liturgie à un simple « social » humain, ou opposer la contemplation à la vie sacramentelle de l’Église. L’ensemble propose une vraie mise au point théologique et spirituelle sur la fécondité conjointe de la liturgie et de la prière personnelle.

 

chapelle du collège Franklin, à Paris, dans les années 1950.
Chapelle du collège Franklin, à Paris, dans les années 1950.

 

2) Louis Leloir o.s.b.

« Vers une liturgie plus priante », NRT 85/10 (1963), p. 1023–1038

 

Nous sommes au cœur du concile Vatican II (sessions 1962–1965), alors que le « schéma sur la liturgie » est au centre des débats. Les attentes de renouvellement sont fortes ; en même temps, la question décisive demeure : comment la participation liturgique peut-elle devenir réellement prière, au lieu de rester extérieure ou purement formelle ? En s’appuyant sur la tradition spirituelle (notamment Évagre et le monachisme), l’auteur, bénédictin de Clervaux (Luxembourg) examine lui aussi la relation entre prière liturgique et prière personnelle. Il repère des obstacles à l’intériorité – dispersion, impersonnalité ressentie, difficultés d’appropriation – et cherche des chemins pour que la liturgie conduise davantage à l’oraison et à l’unification intérieure. Le texte plaide ainsi pour une liturgie qui ne soit pas seulement « faite », mais véritablement « priante », nourrissant la vie spirituelle et orientant l’existence vers la louange.

 

 

3) Jean Bouvy s.j.

« Une liturgie pour le salut du monde », NRT 86/1 (1964), p. 16–33

 

Nous sommes dans l’immédiate réception conciliaire, juste après la grande étape que constitue la Constitution sur la liturgie. L’Église passe du débat conciliaire à la mise en œuvre, avec la nécessité d’interpréter correctement les principes et d’en mesurer la portée doctrinale et pastorale. Le père Jean Bouvy, jésuite professeur au scolasticat de Louvain (Eegenhoven-Louvain), revient sur l’élaboration du schéma conciliaire et sur la discussion des Pères (première session 1962, puis révisions entre les sessions). Il met en valeur plusieurs points structurants : la détermination de l’autorité compétente, les principes d’adaptation, la place éminente de l’Écriture Sainte, la question de la langue liturgique, ainsi que le rapport entre hiérarchie et communauté. L’ensemble présente la liturgie comme une réalité ecclésiale ordonnée au salut : un acte de l’Église pour la vie du monde, et non un simple réaménagement de formes.

 

Cathédrale d’Évry, années 2020.
Cathédrale d’Évry, années 2020.

4) Philippe Hebert

« La réforme liturgique, histoire et perspectives », NRT 144/3 (Juillet–Septembre 2022), p. 395–406

 

Dans un climat de débats renouvelés autour de l’unité du rite romain, après le motu proprio Traditionis custodes et dans le contexte de l’arrivée d’une nouvelle traduction du Missel romain, l’auteur, prêtre enseignant au séminaire de Rennes, revient à l’histoire, aux intentions de la réforme, et à la définition même de la liturgie. Partant d’une question volontairement simple – « qu’est-ce que la liturgie ? » – l’auteur parcourt l’évolution historique de la notion, en montrant comment sa compréhension s’est déplacée au fil des siècles. Il explicite ensuite l’intention de la réforme liturgique, pour en dégager des perspectives de réception aujourd’hui. L’article vise une intelligence apaisée du sujet : ni slogan, ni polémique, mais un effort de compréhension historique et théologique pour éclairer le présent.

 

 

5) Henry Donneaud o.p.

« Le pape François, garant de la doctrine liturgique de St Pie V», NRT 144/1 (Janvier–Mars 2022), p. 38–54

 

Au lendemain de Traditionis custodes, beaucoup ont lu l’actualité liturgique comme une opposition frontale entre les orientations de Benoît XVI (Summorum pontificum) et celles du pape François. Le dominicain de Toulouse Henry Donneaud intervient précisément dans ce moment de tension ecclésiale, pour examiner les principes doctrinaux mobilisés et clarifier les conditions concrètes de la célébration selon le missel de saint Pie V. L’auteur pose la question de l’opposition (ou non) entre Traditionis custodes et Summorum pontificum, et propose de relire les fondements doctrinaux auxquels les deux pontifes se réfèrent. L’étude examine les principes qui déterminent le statut de la forme dite « extraordinaire », et revient sur les bases doctrinales qui ont soutenu l’usage du missel romain typique promulgué par Pie V. Le propos entend ainsi déplacer le débat : des réactions immédiates vers une lecture de fond, ecclésiologique et doctrinale, de ce que l’Église engage lorsqu’elle régule la célébration du rite romain.

 

6) Paul Declerck

«  Les prières liturgiques. Difficultés, défis et ressources  »,  NRT 132-1 (2010), p. 67-85

 

L’auteur, qui vient alors de quitter la direction de l'Institut supérieur de Liturgie à l'Institut catholique de Paris, se risque à affronter la question des trois oraisons de la messe romaine, à propos desquelles tant de critiques sont émises. Il met d’abord en relief le trésor que constituent les textes latins dont nous disposons, et relève aussi leur enracinement dans un autre monde culturel que le nôtre. Il analyse ensuite la signification de ces trois prières dans la dynamique de la messe, et s’achève par quelques traits d’une théologie de la prière liturgique. 

 

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