À l’écoute de Gaston Fessard
Son actualité, sa pensée, ses dialogues. Actes du colloque international, Paris, Facultés Loyola et Collège des Bernardins, les 26 et 27 juin 2025
En librairie le 5 mars 2026
Nourrie d’Ignace de Loyola, de Blondel et du dialogue avec Hegel et Marx, la pensée du père Gaston Fessard (1897-1978) se distingue par une méthode dialectique fondée sur le discernement des mouvements internes de l’histoire : politique (maître et esclave), anthropologique (homme et femme), théologique (juif et païen).
Ce volume rassemble les contributions d’un colloque international qui s’est tenu aux Facultés Loyola Paris et au Collège des Bernardins les 26 et 27 juin 2025. Les auteurs interrogent la pertinence de cette œuvre dans un monde où les fondements de l’agir politique, de la décision morale et de l’appartenance ecclésiale sont en crise.
Plutôt que de reconduire une image apologétique du penseur jésuite, les études ici rassemblées prennent le risque d’un examen critique. Quelle place accorder à la médiation dialectique dans une théologie contemporaine plus sensible à l’événement qu’au conflit ? Le primat de la liberté chrétienne peut-il encore s’exercer dans un monde fragmenté, marqué par la défiance à l’égard des institutions et des traditions ? Et comment entendre aujourd’hui l’exigence fessardienne de discerner l’actualité historique comme lieu de révélation et de jugement ?
Couverture : Gaston Fessard en 1970 à Pen Boc’h. © Archives jésuites de la province d’Europe occidentale francophone
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation de Montcheuil.
Lire les interventions des auteurs (les débats sont à retrouver dans l'ouvrage entier, imprimé ou PDF):
| Lire, relire Gaston Fessard. Accueil aux Facultés Loyola Paris par Louis Lourme | PDF gratuit |
| Gaston Fessard (1897-1978), le courage éclairé par Alban Massie | PDF 4,00 € |
| Une collaboration « dialectique » : Blondel-Fessard par Marie-Jeanne Coutagne | PDF 4,00 € |
| Gaston Fessard et Henri de Lubac, compagnons d’armes dans le combat spirituel par Marie-Gabrielle Lemaire | PDF 4,00 € |
| Simone Weil et Gaston Fessard : la résistance contre le nazisme ou « la direction de conscience à l’échelle d’un pays » par Emmanuel Gabellieri | PDF 4,00 € |
| « Attendre mon être de l’avenir où il me sera donné » : significations et figures de l’avenir dans La Dialectique des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, tome I par David Rabourdin | PDF 4,00 € |
| La dialectique homme-femme-enfant chez Hegel et Fessard : une approche chronologique et théologique par Emmanuel Tourpe | PDF 4,00 € |
| Face aux chrétiens progressistes par Agnès Louis | PDF 4,00 € |
| Une théologie bousculée par le dialogue avec la philosophie. Introduction de la journée au Collège des Bernardins par Jean-Baptiste Arnaud | PDF gratuit |
| Le discernement des religions séculières par Giulio De Ligio | PDF 4,00 € |
| Quand la dialectique païen-juif défie la théologie de la substitution : pistes de pensée contre l’antisémitisme par Ana Petrache | PDF 4,00 € |
| Gaston Fessard contre la théologie de la libération. Une révision critique à la lumière d’Ignacio Ellacuría par José Sols | PDF 4,00 € |
| Les enjeux de la fraternité. À l’écoute de l’interférence des dialectiques fessardiennes par Dominique Serra-Coatanea | PDF 4,00 € |
| La dialectique fessardienne de la liberté comme dia-logique de l’amour par Pascal Ide | PDF 4,00 € |
| Une lecture cosmopolitique de Pax nostra de Gaston Fessard. Quelques observations sur la notion de « communauté des nations » dans l’économie générale de l’ouvrage par Louis Lourme | PDF 4,00 € |
| Où vont les nations ? Essai de lecture d’un discours politique récent à l’école de Gaston Fessard par Augustin Bourgue | PDF 4,00 € |
Relire Gaston Fessard aujourd’hui : discernement, dialectique et crises contemporaines. Introduction au cahier
L’œuvre de Gaston Fessard (1897-1978) occupe une place singulière dans le paysage intellectuel du xxe siècle mais encore aujourd’hui où l’on s’aperçoit qu’elle présente une colloration très contemporaine et rejoint nos préoccupations sur le partage du pouvoir, la différence originelle, la communion surnaturelle. À la croisée de la philosophie, de la théologie et de l’analyse politique, elle se caractérise par une méthode originale de discernement historique, enracinée dans la tradition ignatienne et nourrie par un dialogue critique avec Blondel, Hegel et Marx. Cette œuvre, souvent mobilisée dans les contextes de crise du siècle dernier – totalitarismes, guerres mondiales, affrontements idéologiques –, continue de susciter des choix décisifs à l’heure où se fragilisent les repères de l’agir politique, de la décision morale et de l’appartenance ecclésiale.
Le présent volume recueille les travaux du colloque international qui s’est tenu aux Facultés Loyola Paris et au Collège des Bernardins les 26 et 27 juin 2025, à l’initiative de la Société des Amis de Gaston Fessard. Ce colloque n’avait pas pour ambition de proposer une synthèse unifiée de la pensée fessardienne, ni d’en offrir une lecture apologétique. Il s’est au contraire donné pour tâche d’en éprouver la pertinence actuelle, en acceptant le risque d’un examen critique attentif à ses tensions internes, à ses catégories structurantes et à ses limites.
La problématique commune aux contributions peut se formuler ainsi : dans quelle mesure la méthode dialectique de Gaston Fessard permet-elle encore de penser les conflits contemporains – politiques, anthropologiques et théologiques – sans céder ni au simplisme idéologique ni à une spiritualisation abstraite de l’histoire ? Plus précisément, les auteurs se sont interrogés sur la capacité du discernement fessardien à éclairer les mutations actuelles du politique, les transformations des formes de communauté, les reconfigurations du religieux et les crises de la liberté.
Le volume s’ouvre par l'accueil de Louis Lourme, recteur des Facultés Loyola Paris : « Gaston Fessard (1897-1978), une vie dans l’actualité historique », puis par la présentation biographique de Gaston Fessard par Alban Massie. Cette étude intitulée « Gaston Fessard (1897-1978), une vie dans l’actualité historique » retrace l’itinéraire intellectuel et spirituel de Fessard en montrant comment celui-ci a compris sa propre démarche comme « une étroite galerie » reliant théologie et philosophie à travers l’existence historique. De Pax nostra aux écrits tardifs sur Hegel et l’histoire, cette contribution met en lumière l’unité profonde d’une œuvre constamment engagée dans l’interprétation des événements de son temps à la lumière de la foi chrétienne.
Dans « Une collaboration “dialectique” : Blondel-Fessard », Marie-Jeanne Coutagne analyse la relation intellectuelle étroite qui s’est nouée entre Maurice Blondel et Gaston Fessard. Elle montre comment leur dialogue, inscrit dans la seconde période de l’œuvre blondélienne, ne relève pas seulement d’une proximité doctrinale, mais constitue lui-même une véritable expérience dialectique, marquée par une fécondité réciproque et une convergence de méthode.
Marie-Gabrielle Lemaire considère l’amitié intellectuelle et spirituelle qui a uni Gaston Fessard et Henri de Lubac tout au long de leur vie (« Lubac et Fessard : compagnons d’armes dans le combat spirituel »). À partir de leur correspondance et de leurs engagements communs, elle montre comment cette relation a nourri une collaboration théologique décisive face aux grandes crises doctrinales et politiques du xxe siècle.
L’article d’Emmanuel Gabellieri (« Simone Weil et Gaston Fessard : la résistance contre le nazisme ou “la direction de conscience” à l’échelle d’un pays ») met en parallèle Gaston Fessard et Simone Weil dans leur engagement commun de résistance au nazisme, en montrant une convergence profonde de méthode entre discernement spirituel et analyse politique à partir d’une réflexion rigoureuse sur les moyens et les fins de l’action. L’étude éclaire ainsi une philosophie de l’engagement où le don de soi et la kénose constituent le critère ultime de la liberté et de la résistance spirituelle.
La réflexion se déplace ensuite vers la question de la liberté dans l’histoire avec l’étude de David Rabourdin, « “Attendre mon être de l’avenir où il me sera donné” : significations et figures de l’avenir dans La Dialectique des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, tome I ». L’auteur montre que l’analyse fessardienne de l’avenir constitue un accès privilégié à la compréhension de l’acte libre, de l’élection et de leur portée historique et universelle, en articulant étroitement liberté singulière et devenir collectif.
Avec « “L’amour peut tout au plus fonder une famille humaine” (Hegel)… La dialectique de l’homme et de la femme chez Gaston Fessard comme fondement de la société humaine. Une analyse critique », Emmanuel Tourpe interroge la thèse centrale de Fessard selon laquelle l’amour de l’homme et de la femme fonde le lien social. En dialogue critique avec Hegel et à partir des autres dialectiques fessardiennes, il examine la cohérence et les conditions de recevabilité d’une telle proposition.
L’article d’Agnès Louis, intitulé « Face aux chrétiens progressistes », revient sur la réponse élaborée par Fessard à la fin des années 1940 face au progressisme chrétien. Elle montre comment celui-ci déconstruit les justifications théologiques du soutien au communisme, en développant une réflexion rigoureuse sur l’histoire, l’incarnation et les rapports entre spirituel et politique, dont la portée dépasse largement le contexte de l’après-guerre.
La contribution de Giulio De Ligio, « Le discernement des religions séculières examine l’une des catégories les plus originales et controversées de la pensée fessardienne. Il montre comment le discernement des religions séculières permet d’analyser les formes modernes de sacralisation du politique, tout en posant la question de leurs limites interprétatives dans le contexte contemporain.
Dans « Lire notre histoire à travers la dialectique Païen-Juif », Ana Petrache explore la dialectique fessardienne du Païen et du Juif comme paradigme fondamental de l’inimitié humaine. Elle montre comment cette dialectique, au croisement de la théologie de l’histoire, de la théologie politique et de la théologie des religions, constitue un cadre structurant pour penser les conflits et les processus de réconciliation dans l’histoire.
José Sols, dans « Fessard et la théologie de la libération », propose une analyse comparative originale entre la pensée de Gaston Fessard et celle d’Ignacio Ellacuría. En dépit des critiques explicites de Fessard à l’égard de certaines options de la théologie de la libération, l’auteur met en évidence des convergences profondes quant à la compréhension de l’action chrétienne dans l’actualité historique.
L’ouvrage est attentif aux fractures et aux formes de division qui traversent les sociétés contemporaines. Dans « La liberté dans La Dialectique des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola », Pascal Ide propose une lecture systématique de la liberté à partir du couple être / non-être. En dialogue avec d’autres philosophies de la liberté, il examine la fécondité et les tensions de cette approche, située à l’articulation de l’anthropologie philosophique, de l’éthique et de la théologie spirituelle.
Dans « Les enjeux de la fraternité », Dominique Serra-Coatanéa montre comment la dialectique homme-femme joue, chez Fessard, un rôle décisif pour penser l’exercice social de la justice et du droit. Elle met en évidence son élargissement progressif, des relations familiales à l’amitié sociale et à la fraternité universelle.
Dans « Une lecture cosmopolitique de Pax nostra », Louis Lourme confronte l’ouvrage fondateur de Fessard aux débats contemporains sur le cosmopolitisme. Il met en lumière les ressources qu’offre la pensée fessardienne pour penser une articulation non abstraite entre universel et particulier, susceptible d’éclairer la question d’une citoyenneté mondiale.
Enfin, Augustin Bourgue, dans « Où vont les nations ? », revient sur l’examen de conscience international proposé par Pax nostra. À partir des bouleversements actuels de l’ordre international, il montre comment la méthode fessardienne permet encore de discerner une ligne de conduite politique orientée par la justice et la charité.
Les débats qui ont suivi chacune des interventions ont été retranscrits dans ce volume. Ils donnent à entendre la confrontation vivante des interprétations, les désaccords assumés et les pistes ouvertes pour un approfondissement ultérieur. Loin de clore la recherche, ces échanges en manifestent le caractère dynamique.
Ce volume consacré à la pensée de Gaston Fessard ne se limite pas à nourrir les études spécialisées sur son œuvre ; il manifeste aussi toute l’actualité d’une pensée capable d’articuler rigoureusement théologie et philosophie sans les confondre ni les dissocier. En mettant au travail les grandes dialectiques fessardiennes, les échanges ont montré combien cette œuvre demeure féconde pour renouveler l’anthropologie chrétienne, en la pensant à partir de l’histoire concrète des libertés humaines. À ce titre, Fessard apparaît comme un interlocuteur décisif pour affronter les défis contemporains de l’éthique sociale : discernement des idéologies, compréhension des conflits, recherche du bien commun et des formes authentiques de fraternité. Le colloque a ainsi souligné que relire Fessard aujourd’hui, ce n’est pas seulement faire œuvre de mémoire, mais se donner des instruments conceptuels et spirituels pour penser et agir au cœur des tensions de notre temps.
Ces travaux s’inscrivent dans le cadre plus large des recherches menées par la Société des Amis de Gaston Fessard, dont les rencontres et séminaires réguliers se tiennent aux Facultés Loyola Paris. Ils entendent ainsi contribuer à un effort collectif et durable de relecture critique d’une œuvre qui demeure, aujourd’hui encore, un lieu majeur de discernement pour penser les divisions et les responsabilités qui doivent guider le discernement politique, éthique et spirituel dans le monde contemporain.
Les organisateurs du colloque tiennent à exprimer leur vive gratitude aux Facultés Loyola Paris et au Collège des Bernardins pour leur accueil généreux et la qualité des conditions offertes au bon déroulement de cette rencontre. Ils remercient également la Fondation de Montcheuil ainsi que Monsieur Olivier Millet pour le soutien financier décisif qu’ils ont apporté à l’organisation du colloque et à la publication de ces Actes. Ils expriment également leur vive reconnaissance à la Fondation Ils assurent enfin tout particulièrement de leur reconnaissance Madame Elsa Brot pour la qualité de son service assuré avec professionnalisme, disponibilité et efficacité.