Empty yet Inexhaustible. Reading the Daodejing with Others
Benoît VermanderReligions - reviewer : Jacques Scheuer s.j.
Professeur d’anthropologie de la religion et de spiritualités comparées à la prestigieuse université Fudan de Shanghai, Benoît Vermander s.j. a déjà publié plusieurs études sur les classiques de l’Antiquité chinoise. Ce nouvel essai sur le célèbre Livre de la Voie et de sa Vertu attribué à Laozi (Lao Tseu) invite à lire ce classique « avec d’autres » : à la lumière d’autres textes mais aussi en compagnie d’autres lecteurs et grâce à d’autres auteurs. À commencer par quelques-uns des quelque 2000 lettrés chinois qui en rédigèrent des commentaires au long des siècles. Viennent alors les premiers traducteurs occidentaux de ce recueil quasi intraduisible ainsi que les penseurs européens qui y trouvèrent inspiration, de Hegel à Heidegger notamment. Sont ensuite brièvement évoqués les chrétiens syriaques qui, autour des viie -viiie s., tentèrent brillamment d’exprimer leur message de foi en termes et images taoïstes, les jésuites « figuristes » qui voulaient y déchiffrer des préfigurations de personnages bibliques ou des traces trinitaires, sans oublier les missionnaires protestants qui au xixe s. ne craignirent pas de rendre les premiers mots de l’évangile de Jean par « Au commencement était le Dao (la Voie) ».
Ainsi reconnu et défriché, le terrain se prête à une lecture de passages choisis des 81 brefs chap. de Laozi avec des poèmes de Maître Eckhart (chap. 4) puis avec la Théologie mystique et autres œuvres du Pseudo-Denys l’Aréopagite (chap. 5). Il ne s’agit pas tant de comparaison, de recherche de points de ressemblance, opérations de lecture qui risqueraient d’être statiques ou encore de méconnaître la distance considérable entre ces univers culturels et linguistiques, littéraires et spirituels. La démarche consiste plutôt en d’incessants allers et retours, chaque texte provoquant pour ainsi dire l’autre à un dépassement. Tout en se gardant d’identifier de manière précipitée des contenus communs, il devient possible de « discerner le processus par lequel les horizons de nos textes en viennent à fusionner ». Un dernier chap., de style plus philosophique, examine s’il est possible et ce qu’il est possible de connaître de Dieu et du Dao. Un essai novateur qui ouvre de vastes perspectives de recherche et d’approfondissement. — J.S.