Forgiveness, a Political Gesture ?

Guilhem Causse s.j.
If, up to the middle of the 20th century, forgiveness was considered to be the privilege of the individual religious conscience, today it has spread to the political field. Three examples show this: the European Union, Truth and Reconciliation Commissions and restorative justice. These forms of institutional forgiveness result in readjusting the great realms of relationships thought out by Paul Ricœur (to have, to be able, to be worth) and in finding again the fundamental elements forgotten in our traditions of forgiveness.

Introduction

Jusqu’au milieu du xxe siècle, le pardon était presque exclusivement considéré comme une question relevant du domaine religieux et de la conscience individuelle. Ceci est particulièrement vrai dans l’Église catholique. L’on n’était pas sans savoir que le pardon avait une dimension communautaire : le sacrement de réconciliation se vit devant un prêtre ; priant le « Notre Père », nous disons « pardonne-nous » plutôt que « pardonne-moi ». Ultimement cependant, c’est dans la conscience du pénitent, dans sa relation intime avec Dieu, que le pardon semblait avoir son lieu privilégié.

Depuis les années 1950 cependant, le pardon s’est imposé comme une question politique nationale et internationale. Trois exemples le montrent. Le premier est la création, après la Seconde Guerre mondiale, de ce qui deviendra l’Union européenne : les ennemis d’hier, France et Allemagne d’abord, décident d’une voie nouvelle pour vivre ensemble, à quoi le Cardinal Marty fera référence dans l’homélie qu’il donnera dans la cathédrale de Reims, le 8 juillet 1962, en présence du général De Gaulle et du chancelier Adenauer : « pour le passé, le pardon des brisures, pour l’avenir, la volonté de réconciliation ». Le deuxième est la création, après la guerre froide, des Commissions vérité et réconciliation : au Chili, en Afrique du Sud et dans une quinzaine d’autres pays, elles ont permis de recréer l’unité après des années de violence et de division. Le troisième est la transformation de la justice pénale : en plus du respect du droit, la justice assume désormais une visée de reconstruction des relations brisées.

Le pardon, explicitement invoqué au plan politique, a inspiré des formes institutionnelles nouvelles. Quelle est la relation entre ce pardon politique et communautaire et le pardon vécu à l’intime de la conscience religieuse ?

Pour tenter de répondre à cette question, nous commencerons par décrire les faits historiques, afin de comprendre en quoi consiste le pardon institutionnel. Puis nous verrons comment les victimes et les coupables, mais aussi les autres acteurs de la société, reçoivent cet appel. Enfin, nous verrons comment les événements du xxe siècle ravivent des dimensions du pardon que nous avions oubliées et qui peuvent nous aider dans la situation que nous traversons. Dans ce parcours, nous dialoguerons avec le philosophe Paul Ricœur, dont l’œuvre entière est traversée par la question du pardon.

I L’Union européenne : l’union des hommes par la gestion commune de l’énergie

Quel est donc ce pardon qui a vu le jour au plan des institutions à partir de la seconde moitié du xxe siècle ? Sa première apparition remonte à 1948, année de la création de deux nouveaux États : Israël et la République Fédérale d’Allemagne (RFA). Comment établir des relations diplomatiques après le génocide perpétré par le gouvernement nazi allemand à l’encontre du peuple juif ? La solution est trouvée dans le paiement par la RFA de réparations au jeune État d’Israël qui a bien besoin de ressources pour se construire. Des voix s’élèvent alors, dont celles des philosophes Emmanuel Levinas et Vladimir Jankélévitch : accepter ces réparations signifie-t-il pardonner ? Le débat est aussi vif que nouveau, la principale nouveauté étant de faire du pardon une question politique.

Un autre événement va donner au pardon en politique une forme institutionnelle étonnante autant par sa nouveauté que par sa force de stabilisation : la Communauté européenne, qui deviendra l’Union européenne. Au lendemain de la guerre, la paix fait rapidement place à la guerre froide. La crainte est grande qu’un conflit armé éclate entre la RFA soutenue par les États-Unis et la RDA soutenue par l’Union Soviétique, plongeant l’Europe dans une nouvelle guerre.

Jean Monnet raconte dans ses Mémoires2 comment, alors qu’il est en charge de la reconstruction de la France dans le cadre du plan Marshall, l’idée lui vient d’une manière d’éviter une guerre en unissant les Européens, idée qui sera adoptée par Schuman et Adenauer. Il a vu combien, en 1918, une paix fondée sur l’esprit de domination et de vengeance n’a eu pour effet que de préparer la guerre suivante. Ses missions d’après-guerre vont lui donner une première occasion de mettre en œuvre un autre esprit, celui d’une action commune visant à affermir l’unité là où il y avait la division et la haine. Il est d’abord envoyé en Silésie, bassin minier occupé au tiers d’Allemands et aux deux tiers de Polonais, avec mission d’organiser la gestion du territoire. Sa méthode consiste à mettre Allemands et Polonais autour d’une table, à leur exposer les données du problème et à les convier à trouver une solution. Ils répondront par la création d’une institution qui permettra d’organiser le territoire d’une manière stable jusqu’en 1937.

C’est fort de ces expériences qu’il propose, après la guerre, d’unir les Européens autour d’un projet dans lequel chacun peut s’engager. Travaillant ensemble, les hommes vont apprendre à s’apprécier, des amitiés vont se tisser, un socle commun va se forger, capable de traverser les crises à venir et de dépasser les antagonismes passés. L’une des causes majeures de guerre étant l’accès à l’énergie, le projet commun sera la gestion du charbon et de l’acier. C’est ainsi qu’en 1951, la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) est créée.

Ce projet ne vise pas à unir des pays au sein d’une structure supra-étatique, mais à unir des hommes par-delà les appartenances nationales et les histoires parfois violentes de leurs relations. La conversion politique majeure qui accompagne ce projet est le passage d’un ordre international d’États souverains dont la coexistence n’est régie que par les équilibres de forces, à un ordre de coopération entre hommes, dans des domaines spécifiques et limités – domaines où les États renoncent à leur souveraineté au profit d’une institution ad hoc.

Conversion d’un esprit de domination et de vengeance à un esprit de coopération et de réconciliation, travail sur le point qui divise pour en faire le lieu de l’unification, mise en place de moyens pour dépasser les inimitiés et prévenir les crises : ces éléments convergent vers une seule et même réalité, le pardon.

Ni dans la présentation du projet, ni même dans son effectuation, le pardon n’est explicitement invoqué. Mais cela ne signifie pas qu’il n’est pas à l’œuvre, bien au contraire. Car c’est peut-être l’une des caractéristiques majeures du pardon que d’être un processus plus qu’un résultat, et un processus qui, le plus souvent, avance incognito. Il n’est pleinement reconnaissable qu’après coup, lorsque la paix dure assez longtemps, que le travail de mémoire peut se faire. S’il est d’emblée mis en œuvre, c’est, dans l’esprit des fondateurs, par la foi qu’il est possible de mettre ensemble des hommes divisés, et l’inventivité pour trouver le projet qui conviendra. La CECA suppose en effet que les ennemis d’hier acceptent de se mettre autour de la table, malgré l’histoire récente chargée de millions de morts.

Le pardon est donc d’abord présent comme esprit de ce projet. Mais il s’incarne peu à peu dans une figure institutionnelle, lui donne forme, et aide en retour les hommes à vivre de ce même esprit. Certes, le pardon est loin de se réduire à ces institutions, qui restent largement perfectibles, mais sans le pardon, elles n’auraient pas pu voir le jour ni perdurer. Le pardon y joue en effet le triple rôle de la force qui permet de dépasser les haines, de l’intelligence qui voit la structure institutionnelle pour renforcer l’union des hommes et éloigner leur désunion, et du discernement persévérant pour sa mise en œuvre.

Si, la plupart du temps, le pardon avance incognito, dans l’intime des consciences et dans l’épaisseur des institutions, il arrive que des gestes le manifestent plus explicitement. Il en est ainsi des demandes et des échanges de pardon entre les membres de l’Union ainsi qu’à l’égard de la communauté juive3. L’on peut évoquer aussi l’important travail des associations contribuant à faire se rencontrer des jeunes des pays membres4, ainsi que celui des historiens écrivant des livres d’histoire à plusieurs voix5.

Jusqu’en 1989, l’Europe reste relativement stable. En 1957, la Communauté économique européenne s’ajoute à la CECA et à l’Euratom pour former les Communautés européennes qui fusionneront ensuite. En 1973, six pays rejoignent la Communauté, portant leur nombre à douze. Trois pays s’ajoutent encore : Grèce (1981), Portugal et Espagne (1986). Mais c’est avec la chute du mur de Berlin qu’est véritablement relancé le processus européen : ce renouveau est manifesté en 1993 par un nouveau nom, l’Union européenne (UE). L’Allemagne est réunifiée en octobre 1990 et de nombreux pays de l’Est frappent à la porte. La situation se tend en ex-Yougoslavie où sont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. L’Europe parviendra, non sans difficultés, mais en fidélité à son esprit, à faire face à cette situation, accueillant en 2004 dix nouveaux membres, la plupart issus de l’ancien bloc soviétique.

Les Européens ne goûteront cependant cette union élargie que peu de temps : la crise économique, les interventions militaires russes en Ukraine, l’afflux de migrants venus de Syrie et les attentats en Belgique, en France et en Angleterre les mettent de nouveau à l’épreuve de leur solidarité. Pour que ces crises ne brisent pas une union si précieuse à la paix, l’écoute du pardon est d’une actualité renouvelée. À quoi nous invite-t-il ? D’abord, à unir les hommes par-delà ce qui les sépare en les faisant œuvrer ensemble sur un point de dissension. En 1951, c’était l’énergie. Aujourd’hui, ne pourrait-elle pas encore jouer ce rôle ? Réchauffement climatique, crise économique, tensions avec le voisin russe, guerres en Irak et en Syrie : autant de sujets qui ont trait, d’une manière ou d’une autre, à la gestion de l’énergie. Ensuite, et c’est un point nouveau, ce même pardon les incite à inventer des actions communes non seulement aux membres de l’Union – les nominations en 2009 d’un Président du Conseil européen et d’une représentante de l’Union pour la politique étrangère et les affaires de sécurité vont dans ce sens – mais aussi avec les voisins : Ukraine, Turquie, Russie, etc.

II Les Commissions vérité et réconciliation : réparations et amnistie conditionnée

La deuxième manifestation d’un pardon politique est l’invention des Commissions vérité et réconciliation (CVR). La première CVR est formée au Chili, en 1991. Le Président Aylwin, nouvellement élu, était devant le défi de réunifier un pays déchiré par les longues années de la violente dictature du général Pinochet. Il choisit d’en appeler au pardon : s’adressant aux victimes, il les invite à pardonner, s’adressant aux bourreaux, il les convie à demander pardon. Reconnaissant que cela ne pouvait venir que d’eux, il s’engage en même temps à mettre en place une institution pour les aider, la CVR. Elle sera constituée d’un groupe d’hommes reconnus pour leur probité. Ils auront pour mission de recueillir le témoignage des victimes et d’analyser le comportement de divers groupes et organisations (Églises, journalistes, avocats, médecins, policiers). Les témoignages et leurs conclusions seront publiés dans un épais volume.

Cette première CVR présente une limite importante : contrairement à ce qu’annonçait le Président Aylwin, elle ne demande rien aux coupables qui sont protégés par une amnistie. À la lumière du pardon, la moitié seulement du chemin a été parcourue. L’expérience montrera pourtant que, grâce à cet élan, les victimes vont s’organiser et réussiront, après quelques années, à faire en sorte que l’amnistie soit levée et les coupables inquiétés.

Une première clé du pardon nous est ici dévoilée : l’attention est d’abord portée à la victime ou à la partie la plus faible, en un geste qui lui donne de quoi se relever afin de venir, à égalité, participer à la vie commune. Le pardon invite à porter sur autrui humilié un regard qui voit l’humain à part entière et à joindre le geste au regard pour actualiser cette humanité. Le pardon commence là, et c’est à cette condition qu’il va pouvoir s’expliciter davantage dans le geste et la parole par lesquels la victime se tournera vers le coupable, prête à lui exprimer le pardon lorsqu’il le demandera.

L’expérience chilienne a aussi été très utile pour l’établissement de la deuxième CVR, en Afrique du Sud, qui reste jusqu’aujourd’hui, le modèle des CVR. Entre 1990 et 1995, Mandela et De Klerk vont négocier la sortie de l’Apartheid et aboutir à une transition politique paisible. Les membres de la CVR sont des hommes représentant les deux camps à parité, reconnus pour leur probité : leur rôle est de siéger dans des réunions publiques, retransmises en direct à la télévision, où les victimes mais aussi les coupables seront appelés à témoigner. Au terme du processus, les victimes recevront une réparation financière tandis que les coupables qui auront avoué des crimes liés au régime d’apartheid, recevront une amnistie.

Avec cette CVR, l’amnistie change de nature : auparavant, elle protégeait les coupables par un silence complet sur les événements. Mais les victimes aussi devaient se taire et ce silence redoublait leurs souffrances. Désormais, l’amnistie suppose que les uns et les autres parlent. Il reste cependant des limites à cette CVR. D’une part, les réparations n’ont pas été payées. D’autre part, des coupables ont avoué sans aucun repentir et des victimes ont témoigné sans volonté de pardonner. Cela n’enlève cependant rien au fait que la commission a aidé le travail de pardon dans de nombreux cas et, collectivement, a permis une transition où beaucoup de violences ont été évitées.

Les CVR sont des institutions provisoires mises en place dans un moment bien particulier de transition politique, depuis une situation de violence où une partie de la population est réprimée, vers un fonctionnement constitutionnel paisible où chacun a sa place. Elles s’inspirent du pardon dans la mesure où ce qui est visé n’est pas d’abord la condamnation des coupables, mais l’unité de la communauté par le relèvement des victimes. Les coupables sont intégrés au processus par un aveu qui n’aura pas, comme dans une cour de justice, la sanction comme conséquence, mais l’amnistie.

Un second élément du pardon est ici mis en valeur : la parole, autant celle des victimes que celle des coupables. Le pardon fait raconter, il fait la lumière sur les événements. Il est travail de mémoire à mi-distance de l’oubli – le passé trépasse – et de l’hypermnésie – le passé ne passe pas. Pour les victimes ouvertes au pardon, le souvenir n’est plus une source de ressentiment où la vengeance se fomente ; pour les coupables, il n’entretient plus la peur des représailles où s’alimente la volonté de rester puissants. Le pardon fait du souvenir le lieu passé d’événements tragiques dont on se souvient pour qu’ils ne se reproduisent pas.

Enfin, l’on peut s’interroger sur le rapport de la CVR à la justice : n’est-elle pas un déni de justice dans la mesure où les coupables ayant avoué y sont soustraits ? Si déni il y a, il est déjà bien moindre que pour l’amnistie traditionnelle. Le déni n’est pourtant qu’apparent. En 1995, en effet, la justice était incapable d’absorber le flux de personnes à examiner, sans compter que les juges restaient ceux que l’apartheid avait mis en place. La CVR, réduisant le nombre de personnes qui se présentaient devant la justice, permettait à celle-ci de travailler et donnait au pays du temps pour se reconstruire.

III La justice : rétribution et reconstruction

La question de la justice nous conduit vers le troisième exemple de l’influence institutionnelle du pardon. Dans le cas de la CVR, le rapport entre justice et pardon était extérieur, entre deux institutions, la CVR et le tribunal, ce dernier recevant ceux à qui la CVR refusait l’amnistie. En Europe, la création de la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme) relève davantage d’une autre problématique, dont nous allons traiter maintenant : la transformation, sous l’effet du pardon, de l’institution judiciaire elle-même.

Jusqu’au milieu du xxe siècle en effet, la justice pénale avait pour visée de rétablir la loi par une sanction à l’encontre du coupable. Avec la définition du crime contre l’humanité au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la justice doit intégrer une nouvelle visée : non plus seulement le respect des lois, mais aussi le respect de l’humanité. Elle va le faire en mettant au centre la victime et son témoignage, reléguant le coupable et sa sanction au second plan. Le crime contre l’humanité se caractérise en effet par la volonté de supprimer jusqu’au souvenir des victimes : la réponse à ce crime est l’affirmation de l’existence de ces victimes comme personnes humaines à part entière, une affirmation qui passe par l’écoute du récit de ce que les survivants ont vécu.

Une nouvelle forme de justice est ainsi apparue. Elle est appelée justice reconstructive. Elle vise la réconciliation de la communauté humaine. Elle s’est beaucoup développée au Canada, aux États-Unis et en Europe, très souvent sous le vocable de « médiation » : pénale, familiale ou communautaire. On en retrouve la marque dans la création et l’évolution des instances judiciaires internationales : la CEDH mais aussi, de diverses manières, dans les TPI (Tribunaux pénaux internationaux) et CPI (Cour pénale internationale), notamment quant à la place des victimes et des réparations.

Cette nouvelle forme de justice est liée au pardon, non plus par le repentir du coupable mais par la capacité de la victime, reconnue et soutenue par la communauté, d’être une personne humaine à part entière, malgré la déshumanisation qu’on a voulu lui faire subir. Le pardon apparaît comme une force d’humanisation : la personne qui a été victime reste capable de reconnaître l’humanité en l’autre comme en elle-même, malgré ce que cet autre lui fait subir. La communauté confirme et soutient cette reconnaissance.

En contrepoint, le pardon est pour le coupable le mouvement du repentir, de l’aveu et de la demande explicite d’être pardonné sans pour autant prétendre échapper à la justice. Plus fondamentalement, le coupable est capable de reconnaître sa faute comme le rejet ou l’oubli de l’élan d’humanisation, au profit d’une volonté de domination qui traduit une vision de l’homme où les autres sont moins hommes que soi.

La tension dans la justice entre la rétribution et la reconstruction provient ainsi d’un jeu plus profond entre trois perspectives du pardon, celle du coupable qui fait l’aveu de sa faute et se repent de sa volonté de domination et celle de la victime qui fait le vœu de voir l’humanité vaincre la déshumanisation, l’un et l’autre portés par une communauté fondée dans un vœu commun d’humanisation. Le pardon est l’élan par lequel ces vœux comme cet aveu s’expriment, autant en paroles qu’en actes. Le pardon s’explicitera dans l’échange, où l’un pardonne à l’autre, mais cet échange n’est que la part visible d’un plus long et plus large travail, en chacun et dans la communauté, qui pour être invisible n’en est pas moins essentiel.

C’est ce long travail qui transparaît singulièrement dans la transformation de l’institution de la justice. Il est possible de fonder une décision politique sur l’élan du pardon, dans la foi en ce travail accompli dans la profondeur de l’homme, par-delà le mal qu’il subit ou commet, ou dont il est témoin.

IV Les sphères de relation : avoir, valoir, pouvoir

Comment définir le pardon institutionnel ? Pour nous aider, nous le caractériserons à partir de la répartition des relations humaines selon trois sphères : politique, culturelle et économique. Nous empruntons cette tripartition à Paul Ricœur, dans Histoire et Vérité6. La sphère politique désigne les relations humaines aux prises avec les enjeux et institutions du pouvoir, la sphère culturelle, les relations humaines au prisme des valeurs, la sphère économique, ces mêmes relations dans leur lien aux biens.

Le pardon apparaît dans la sphère politique avec la décision d’y faire appel, implicitement ou explicitement, par la création d’une institution nouvelle. Une manière d’exercer le pouvoir en est privilégiée : plutôt que de viser l’unité de la communauté par le haut, en imposant le calme par la suprématie sur l’adversaire ou le silence sur les événements passés, le politique se met au service des plus fragiles tout en rappelant à tous ce qui est au fondement des communautés, fondement oublié aux temps de violence : la volonté de vivre ensemble. Paul Ricœur met particulièrement en valeur cet élément dans la 9e étude de son ouvrage Soi-même comme un autre7, intitulée « Sagesse pratique ». La volonté de vivre ensemble, lorsqu’elle est mise à l’épreuve de la haine, est portée par le pardon. Et pour que cette vie commune plus forte que les brisures s’incarne, des institutions sont créées, qu’elles soient définitives ou provisoires, au profit desquelles les États vont renoncer à une part de leur souveraineté.

L’appel se déploie en même temps au travers de la sphère culturelle, où la valeur du pardon est sollicitée et résonne avec les traditions qui la portent : en Europe comme au Chili, la tradition chrétienne joue un rôle majeur, tandis qu’en Afrique du Sud s’y joint la tradition bantoue d’Ubuntu8. La valeur du pardon comme celle de l’Ubuntu sont mises en lumière au moment où il leur est fait appel. Concernant le pardon, le fait que l’appel soit porté par le politique, loin de dévoyer une valeur qui serait spécifiquement religieuse et individuelle, en révèle des dimensions oubliées, comme la primauté de la victime, le caractère central de la parole (témoignage, aveu) ou la place de la communauté9.

Le pardon se déploie enfin dans la sphère économique avec la gestion de l’énergie (UE), les réparations (CVR), les soins médicaux ou sociaux dont les victimes font l’objet, les mesures de réinsertion pour les coupables (justice reconstructrice).

Le processus aborde une étape nouvelle lorsque l’institution pérenne est bien en place et fonctionne durablement, ou lorsque l’institution provisoire est dissoute, sa mission accomplie. En dehors de manifestations publiques à l’occasion d’un acte de repentance ou d’un anniversaire, le pardon n’est plus visible explicitement dans telle ou telle nouvelle institution, mais il est là, inspirant ces institutions et les renouvelant continuellement vers moins de violence. Ici, les institutions religieuses se distinguent en continuant de proclamer, individuellement et institutionnellement, en paroles et en actes, ce sans quoi rien ne tient et qui nous est toujours donné sans pour autant que nous le tenions : la volonté et la possibilité de vivre tous ensemble, heureux, plus forts que le mal, autrement dit, le pardon. En retour, un pardon qui n’intégrerait pas l’une de ces trois dimensions, politique, économique et culturelle, serait incomplet : ce fut le cas en Afrique du Sud où la sphère économique n’a pas été honorée, les réparations n’ayant pas été payées ; en Europe, c’est la sphère politique qui reste le parent pauvre, avec la difficulté de prendre des décisions communes ; ailleurs, ce pourra être des résistances à évoquer le pardon10 ou toute valeur approchant.

V Les dimensions de l’homme : cosmos, communauté, personne

La perspective politique sur le pardon, tout spécialement dans ses effets de transformation de la justice, a commencé de nous éclairer sur sa dimension personnelle. Nous prenons conscience d’une préconception européenne du pardon très centrée sur le coupable et son aveu. Cette insistance se traduisait dans le domaine religieux, en particulier chrétien, par une focalisation sur l’individu pénitent. Le pardon politique nous invite à remettre à l’honneur la victime et sa parole ainsi que la communauté, mais aussi à réinterroger nos traditions. En matière de pardon, les ressources culturelles et religieuses du bassin méditerranéen sont diverses : mythologie babylonienne, tragédie grecque, tradition biblique11. Quelle expérience du pardon ces traditions délivrent-elles ? Nous nous appuyons ici sur les travaux de Paul Ricœur dans La symbolique du mal12. Il montre que le pardon n’est vécu au plan de la conscience personnelle qu’à la condition d’intégrer deux autres dimensions : le cosmos et la communauté historique, autrement dit le corps individuel et le corps social.

Prenons le cas d’une agression. Une agression a une dimension physique : le pardon, dans la mesure où il est le geste par lequel la victime est relevée, a une dimension corporelle essentielle. Cette dimension s’élargit au cosmos dans la mesure où c’est par notre corps que nous sommes en permanente interaction avec notre environnement. Cela se traduit par notre soumission aux règles de la nécessité biologique, le délicat et merveilleux équilibre de l’organisme avec son environnement (atmosphère, nourriture, etc.). Le pardon, dans cette dimension physique, apparaît comme la force de traverser les blessures du corps, parfois irrémédiables, et de vivre un rapport au monde de nouveau heureux.

De ce point de vue, l’attention à l’environnement et les actions visant à générer de l’énergie et des produits non polluants sont une manière de vivre en cohérence avec le pardon. En effet, la pollution autant industrielle qu’individuelle est une agression, en particulier contre les plus faibles : maladies respiratoires des nourrissons, personnes âgées ou malades, déplacements forcés des personnes pauvres vivant dans des lieux inondables pour cause de réchauffement climatique. Le pardon nous incite à prendre soin de ces victimes et à faire résolument face à ceux dont elles sont victimes, dont pour une part nous sommes…

Une deuxième dimension du pardon apparaît alors : l’implication de la communauté. Lorsqu’une personne en agresse une autre, la confiance qui fonde la communauté est mise en danger autant que ses lois sont enfreintes. Le témoin d’une agression, inspiré par le pardon, s’approche, selon les circonstances, de la victime ou du coupable pour relever l’une ou reprendre l’autre. Plus largement, les institutions ne deviennent bonnes qu’inspirées par une culture de la considération qui n’est autre que le pardon incognito – idée développée par Ricœur à la fin de La mémoire, l’histoire, l’oubli13, dans l’épilogue intitulé « Le pardon difficile ». Par exemple, un juge qui se laisse inspirer par le pardon est attentif à interroger la victime de manière à ne pas augmenter ses souffrances, et le coupable, en évitant de le réduire à ses actes.

Nous arrivons alors à la troisième dimension du pardon, personnelle, que nous aborderons successivement du point de vue du coupable et de celui de la victime. Pour le coupable, le pardon apparaît dans le repentir sincère que l’aveu commence à manifester. L’aveu intègre la dimension corporelle dans la mesure où le coupable reconnaît qu’il a blessé quelqu’un, parfois irrémédiablement : il peut offrir du temps et de l’argent pour réparer. Même si cela ne pourra jamais effacer le mal fait, c’est une manière de continuer à manifester sa conversion.

L’aveu intègre aussi la dimension communautaire : le coupable reconnaît qu’il a trahi la confiance et enfreint la loi, et il est prêt à recevoir la sanction. Il reconnaît ainsi la place et le rôle de l’Institution judiciaire. En même temps, il demande que lui soit accordée de nouveau cette confiance : son comportement à l’avenir pourra inspirer cette confiance, mais à la fin, ce sont les autres autour de lui qui la lui attribueront à nouveau au vu de ce qu’il fait, plus que de ce qu’il clame.

L’aveu est enfin personnel lorsqu’il se manifeste dans la demande de pardon que le coupable fait à la personne qui a été victime, éventuellement à des proches et, s’il est croyant, à Dieu. Le coupable attend la réponse, acceptant qu’elle puisse être différée ou ne jamais arriver. Dans ce temps d’attente, il prend conscience que le pardon n’est pas seulement ce qu’il attend, mais la force qui l’a conduit à l’aveu et au repentir, l’expression déjà d’une bonté gratuite à son égard. Cette conscience ne pourra que l’inciter à œuvrer pour que ceux qui ont été victimes ne perdent pas le goût de vivre, mais au contraire le déploient ou le redécouvrent. Il n’y a en effet pas de peine plus grande que celle d’une victime qui en vient à se sentir coupable d’avoir survécu alors que d’autres ont péri. Être attentif à aider ces personnes à retrouver le goût de vivre manifeste la pointe avancée du pardon qu’elles sont amenées à donner. À cette pointe avancée, l’attention au plus proche recroise, via des institutions, le souci du plus lointain14.

Enfin, il sera attentif aux autres coupables et aux moyens pour les conduire au repentir : témoignage, discussion, mais aussi affirmation de la loi et de la justice, et si nécessaire de l’emploi réglé de la force si le coupable persévère dans sa violence. Cette force sera cependant réservée et limitée institutionnellement à la police et à l’armée, pour stopper la violence. En particulier, vouloir la mort du violent contredit ce que le coupable a appris du pardon : aucun homme n’est réductible à ses actes. Par ailleurs, la mort du coupable risque d’entretenir d’autres violents dans leur volonté de destruction. S’il peut arriver que l’auteur d’un acte terroriste soit tué par la police en état de légitime défense, cela ne peut pas faire oublier que le but doit rester, en prenant tous les moyens pour cela, de garder le coupable en vie, non seulement pour le juger, mais pour travailler à sa repentance. Un terroriste repenti fait un très efficace ouvrier de paix.

Du côté de la personne victime, il nous faut envisager un premier cas : elle est décédée. La question du pardon prend immédiatement une dimension communautaire : prendre soin des proches de cette personne, enfants, conjoints, parents, amis, les accompagner dans le deuil. C’est par là que quelque chose du pardon commencera, pour protéger le processus de deuil, pour que la haine ne vienne pas le paralyser en redoublant la souffrance. Pour que l’amour ne soit pas la seconde victime du terrorisme.

Si la personne victime a survécu, le long processus du pardon va la conduire jusqu’au moment où elle se tiendra au milieu de la communauté, à égalité de dignité, dans une volonté de vivre ensemble renouvelée. Ce processus intègre aussi les trois dimensions susdites : sa blessure la relie à la dimension corporelle du pardon dans le long travail de consentement à ce qu’est devenu son être corporel (par exemple, une personne ayant perdu l’usage d’une partie de son corps suite à une agression). Mais le pardon est aussi et d’abord l’invitation faite à la victime à entendre qu’elle n’est en rien diminuée par sa nouvelle situation physique : bien au contraire, elle est réaffirmée, enracinée plus profondément dans l’humanité. Résister à répondre au mal par le mal rend plus humain.

En deuxième lieu, le fait d’être aidé et relevé donne une expérience de la dimension communautaire du pardon. Je pense à une femme, Maïti Girtanner, torturée pendant la Seconde Guerre mondiale par un jeune médecin nazi : elle restera toute sa vie avec des douleurs insoutenables. Elle raconte comment un autre médecin, une femme neurologue allemande, a passé des heures à la soigner. Elle dit aussi comment, lorsqu’elle est au fond de la douleur, c’est une main amie, qu’elle sent posée sur sa propre main, qui l’aide à remonter doucement. Avec cette main arrivent toutes les institutions qui portent cette présence.

En troisième lieu, le pardon s’accomplit dans la conscience personnelle lorsque le désir naît de rencontrer l’agresseur, lorsqu’il sera prêt à avouer et à demander un pardon que la victime, de son côté, désire donner. À l’horizon est la rencontre effective avec l’agresseur, l’écoute de son aveu et sa demande, et l’expérience stupéfiante d’être porté à donner le pardon. C’est cette rencontre qui, même si elle peut être désirée et soutenue par des personnes et des institutions, échappe toujours. Maïti raconte le jour où, à sa grande surprise, ce médecin-bourreau devenu âgé l’a contactée. Atteint d’un cancer et terrorisé à l’idée de la mort, il s’est souvenu d’elle, dans la prison, qui consolait les autres prisonniers. Pendant la rencontre, il en viendra à regretter amèrement ce qu’il lui a fait subir. En réponse, elle va l’inviter à finir sa vie en montrant beaucoup d’amour à ses proches. Et elle conclut :

Au moment de partir, il était debout à la tête de mon lit, un geste irrépressible m’a soulevée de mes oreillers alors que cela me faisait très mal, et je l’ai embrassé pour le déposer dans le cœur de Dieu. Et lui, tout bas m’a dit : « Pardon ». C’était le baiser de paix qu’il était venu chercher. À partir de ce moment-là, j’ai su que j’avais pardonné15.

Conclusion

À cette lumière, nous pouvons reprendre notre parcours. Au plan politique, le pardon est un recours capable de stimuler des institutions nouvelles et de renouveler vers plus d’humanité les institutions existantes en réaffirmant, malgré les brisures, la volonté de vivre ensemble. Au plan personnel, il donne à la victime l’élan pour rester pleinement humaine et trouver les moyens de contribuer à rendre à son bourreau l’humanité qu’il a perdue. Il donne au coupable la capacité de se repentir et d’agir pour un monde plus humain. Il rend chacun attentif aux plus fragiles, à ceux qu’une agression a mis au bord de la déshumanisation, au proche comme au lointain : la voisine victime de violence conjugale ou les milliers de personnes poussées sur les routes par la guerre, celles qui sont à notre porte et auprès de qui nous pouvons nous arrêter comme celles qui sont plus loin et que nous pouvons toucher via des institutions. En contrepoint, le pardon éclaire sur les moyens à prendre vis-à-vis des violents, avec pour visée non leur destruction, ce qui ne ferait que nourrir le cycle de la haine, mais leur repentir, confiant en l’œuvre, ici plus mystérieuse encore qu’incognito, du pardon en eux.

Au final, le pardon paraît comme une possibilité offerte à chacun, individuellement ou en communauté, non seulement lorsqu’une trahison ou une destruction a eu lieu, mais encore en période de paix et de bonne entente. Le pardon est une incitation permanente à enraciner plus profondément notre humanité, à la rendre capable de résister mieux et ensemble à ces forces qui veulent la dominer, de l’extérieur comme de l’intérieur. Il se donne comme une joie plus profonde que toute peine et haine, source intarissable de fidélité créatrice. Cela peut donner sens et matière à l’éducation.

Ce fait nouveau d’un pardon institutionnel apparu au xxe siècle a permis aux Européens de retrouver un élément perdu de leur tradition, aux Africains du Sud de redécouvrir une source vive de leur culture. Au final, le pardon se fait discret et se laisse appeler par le nom de ce qui, dans une culture, sera une manière de s’enraciner plus profondément dans son sol, la rendant dans le même mouvement apte à s’ouvrir aux autres cultures. N’est-ce pas un atout majeur au moment où notre monde connaît tant de crises ? Gageons que l’élan et les figures du pardon nous permettront de les traverser, et préparons-nous à nous laisser surprendre par ce qui se produira là où il travaille encore incognito. Le pardon ressemble en effet au perce-neige, ou à la fleur de prunier, minuscule explosion de délicatesse dans une vaste étendue de terre froide et nue, promesse de vie.

Notes de bas de page

  • 1 Cet article reprend des éléments de la première partie de mon ouvrage Le geste du pardon, Parcours philosophique en débat avec Paul Ricœur, Paris, Kimé, 2014. Voir aussi S. Lefranc, Politiques du pardon, Paris, PUF, 2002 ; H. Zehr, La justice restaurative, Pour sortir des impasses de la logique punitive, Genève, Labor et Fides, 2012.

  • 2 J. Monnet, Mémoires, Paris, Fayard, 1976.

  • 3 Willy Brandt s’agenouillant devant le monument au héros du ghetto juif de Varsovie, le 7 déc. 1970 ; François Mitterrand et Helmut Kohl se tenant la main au fort de Douaumont le 22 sep. 1984 ; Jacques Chirac faisant acte de repentance au nom de l’État français à l’occasion du 53e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, le 16 juil. 1995.

  • 4 À Vézelay en 1946, le pèlerinage pour la paix rassemble des Français, des Allemands et des Anglais.

  • 5 En 2006, les éditions Ernst Klett (Stuttgart) et Nathan (Paris) ont été choisies pour publier un ouvrage scolaire d’histoire réalisé par une commission d’historiens et de pédagogues d’Allemagne et de France.

  • 6 P. Ricœur, Histoire et vérité, Paris, Seuil, 1967.

  • 7 Id, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.

  • 8 Terme appartenant au champ des langues bantoues, qui désigne la qualité inhérente au fait d’être humain parmi les humains, un « esprit humain et fraternel », sorte de sixième sens d’appartenance à une entité plus vaste que soi, qui fait que l’on est touché en sa qualité d’homme par ce qui arrive aux autres hommes.

  • 9 Pour les chrétiens, le chapitre 18 de l’Évangile de Matthieu offre un très beau parcours du pardon : mise au centre des petits ; mise en garde contre les grands de ne pas scandaliser les petits (les faire tomber, leur faire perdre le goût de vivre) ; Dieu n’abandonne jamais les petits (la brebis perdue) ; la communauté dans son rôle vis-à-vis du coupable (lui parler, recourir à des témoins…) ; parabole du débiteur impitoyable.

  • 10 Voir V. Rosoux, « Rwanda : appels et résistances au pardon », dans le dossier « Pardon et réconciliation », Revue internationale et stratégique 88/4 (2012), p. 99-107.

  • 11 L’on peut ajouter la tradition coranique, à laquelle Ricœur ne fait pas allusion, cette tradition ayant un rôle moindre dans l’Europe des années 1960 qu’aujourd’hui. Sur le pardon dans cette tradition : P. de Saint Cheron, X. de Chalendar, N. Mahfouz, Le pardon, Paris, Centurion, 1992.

  • 12 P. Ricœur, Philosophie de la volonté. 2. Finitude et culpabilité. 2. La Symbolique du mal, Paris, Aubier -Montaigne, 1960.

  • 13 Id., La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000.

  • 14 Id., « Le socius et le prochain », Histoire et vérité, Paris, Seuil, 1967.

  • 15 M. Girtanner, « Résistance et pardon », texte intégral, avec ajouts, du film de M. Farin s.j., Supplément Vie Chrétienne 442 (1999), p. 21.

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