Le pontificat du pape François a profondément renouvelé la théologie contemporaine, en réorientant la réflexion vers la mission, la miséricorde et l’attention aux périphéries. Dans les domaines fondamentaux, sociaux, ecclésiologiques, moraux et missionnaires, il a suscité une théologie en dialogue avec le monde, enracinée dans la tradition mais marquée par un style pastoral dynamique. Ce renouveau se traduit par une théologie plus contextuelle, plus synodale et plus sensible aux cris du monde, tout en restant profondément ancrée dans l’Évangile.

Le pontificat du pape François, théologique ? Nous ne parlons pas de son motu proprio Ad theologiam promovendam, court mais décisif, sur la théologie proprement dite, publié le 1er novembre 2023, où il précisait de quelle manière, « à la lumière de la Révélation, la théologie devra affronter de profondes transformations culturelles » (n. 1). On n’oubliera pas qu’au début de son pontificat il écrivait déjà :
« La théologie en dialogue avec les autres sciences et expériences humaines revêt une grande importance pour penser comment faire parvenir la proposition de l’Évangile à la diversité des contextes culturels et des destinataires » (Evangelii gaudium 133).
Mais c’est sans doute moins par ses textes que par ses gestes pastoraux, par ses paroles, dont la spontanéité troublait parfois les spécialistes des exégèses pontificales, que le pape François a suscité une riche réflexion théologique. Nombreuses sont les pages de la Nouvelle revue théologique qui se sont efforcées d’en prendre le pouls théologique, ecclésial, moral et social, missionnaire simplement.
Voici une sélection de quelques articles de fond parus dans la NRT, regroupés par grands thèmes (synodalité, écologie, réfugiés, abus, gouvernance, théologie, liturgie). Chacun des articles de cette liste, non-exhaustive, éclaire un aspect important de la pensée et des actes du pape François, en le replaçant dans la continuité du magistère et de l’histoire de l’Église, tout en soulignant les nouveautés doctrinales ou pastorales de ce pontificat.
En parcourant ces différents domaines – théologie fondamentale, sociale, ecclésiologique, morale et missionnaire – ressort l’image d’une pensée théologique du pape François à la fois cohérente dans son inspiration et plurielle dans ses applications. Le fil rouge en est sans doute la centralité de la miséricorde et du renouvellement pastoral pour l’annonce de l’Évangile. François a recentré la théologie sur l’essentiel évangélique : la rencontre de Jésus-Christ, qui transforme les cœurs et les structures. Il l’a fait en dialogue avec le monde présent, n’hésitant pas à affronter les questions vives (migrations, écologie, abus, familles blessées) et à bousculer certaines habitudes intellectuelles ou pastorales. Cette audace a pu provoquer des tensions – entre ouverture et tradition, entre liberté de conscience et normes, entre collégialité et primauté, etc. – qui peuvent être vues comme des pôles stimulant la recherche de synthèses plus profondes.
I Synodalité : vers une Église de la communion
La dimension ecclésiologique du pontificat de François est sans doute celle qui aura le plus marqué les esprits, tant par les réformes entreprises que par la vision renouvelée de la vie de l’Église qu’il propose. On peut la résumer en un mot-clé : synodalité. François souhaite une Église davantage synodale, c’est-à-dire structurée par la concertation, l’écoute mutuelle et la coresponsabilité de tous les baptisés (laïcs, pasteurs, vie consacrée). Cette orientation se concrétise par le Synode sur la synodalité lancé en 2021, mais aussi par de multiples gestes et documents sur la réforme des structures ecclésiales, la place des femmes, la lutte contre les abus, etc. Les théologiens se sont emparés de ces sujets, souvent en dialogue avec l’ecclésiologie du Concile Vatican II dont la réception est encore l’objet d’approfondissement .
- « “Ils seront ses peuples…” (Ap 21, 3). Redécouvrir la théologie du peuple de Dieu » – Antoine Guggenheim (2015) – NRT 137/2, p. 221-237.
Antoine Guggenheim revisite l’ecclésiologie du Peuple de Dieu dans le contexte du pontificat de François. Reprenant la promesse de l’Apocalypse (« Ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux »), il explique que le pape François, dans la lignée de Vatican II, insiste pour redécouvrir l’Église comme Peuple de Dieu en marche. L’article montre que cette perspective populaire – héritée de la théologie du peuple latino-américaine – imprègne la vision pastorale de François. Cela se traduit par une valorisation de la piété populaire, une Église proche des pauvres et une collégialité qui part de la base. François parle souvent du « saint Peuple fidèle de Dieu » et que cette expression n’est pas qu’une formule : elle oriente une théologie où l’Église est comprise comme un sujet collectif porteur de la mission, et non seulement comme une institution hiérarchique. Ainsi, le pape rejoint pleinement l’ecclésiologie de communion de Vatican II, en y apportant le style pastoral de la proximité et de la miséricorde. -
« Le pape François et la synodalité. Evangelii gaudium, nouvelle étape dans la réception de Vatican II » – Luc Forestier (2015) – NRT 137/4, p. 597-614.
Comment le pape François a-t-il développé la synodalité comme mode de gouvernance ecclésiale, dans la lignée du concile Vatican II ? Luc Forestier montre qu’avec l’exhortation Evangelii gaudium, François engage l’Église dans une nouvelle étape de réception de Vatican II en mettant l’accent sur la collégialité et la participation de tout le Peuple de Dieu. L’auteur souligne la dimension missionnaire de la synodalité chez François : il ne s’agit pas seulement d’une méthode de consultation, mais d’un « processus spirituel de communion pour la mission » qui renforce l’unité dans la diversité. -
« Comment faire évoluer les procédures décisionnelles en Église d’une manière authentiquement synodale ? » – Alphonse Borras (2023) – NRT 146/3, p. 390-408.
Le canoniste Alphonse Borras explore les réformes nécessaires pour que les processus de décision dans l’Église catholique deviennent véritablement synodaux. L’article discute des changements d’attitude et de structures requis pour passer d’une gouvernance trop centralisée à une réelle co-responsabilité collégiale. S’appuyant sur le pontificat de François, Borras propose notamment de renforcer les instances intermédiaires (conférences épiscopales, synodes régionaux) et d’accorder une plus grande place aux laïcs et aux femmes dans les organes consultatifs. Il met en lumière le « changement de mentalité » demandé par François pour ancrer un habitus synodal dans l’Église. -
« Synodalité et inculturation » – François Odinet (2022) – NRT 144/2, p. 232-246.
Le père François Odinet souligne que la redécouverte de la pratique de la synodalité sous le pape François offre un nouvel élan à la théologie de l’inculturation. L’article montre comment « marcher ensemble » (signification de la synodalité) requiert de valoriser la diversité des cultures dans l’Église. L'auteur établit un lien organique entre synodalité missionnaire et inculturation : l’écoute mutuelle dans l’Église permet d’enraciner l’Évangile dans les cultures locales sans les écraser, redécouvrant ainsi la nature missionnaire de l’Église chère au pape François. Il rejoint en cela l’insistance de François sur une décentralisation saine pour une Église en sortie vraiment universelle et incarnée.
II Écologie intégrale : clameurs de la terre et des pauvres
Un second apport majeur de François est d’avoir promu une vision intégrale de l’écologie, articulant intimement écologie environnementale et écologie humaine. Laudato si’ a eu un immense retentissement et suscité de nombreuses analyses théologiques. Le pape y développe l’idée que « tout est lié » – la clameur de la terre et la clameur des pauvres ne font qu’une. Il invite à une conversion écologique qui est en même temps conversion spirituelle, redécouvrant la création comme don de Dieu à gérer avec sagesse. Dans l’encyclique, François convoque à la fois saint François d’Assise, les données scientifiques sur le climat, la philosophie du bien commun et la théologie de la Création. Cette approche holistique a encouragé un dialogue inédit entre théologiens, scientifiques, économistes et acteurs de la société. Dans la NRT, plusieurs contributions ont approfondi l’empreinte spirituelle et liturgique de Laudato si’.
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« La conversion écologique, une urgence (aussi) théologique » – Mahaut et Johannes Herrmann (2020) – NRT 142/4, p. 542-558.
L’affirmation papale qui scande l’encyclique Laudato Si’, « tout est lié », repose sur une réalité scientifique : les équilibres naturels dont dépendent les formes actuelles de vie sur terre. Les deux dégradations que sont les effondrements de la biodiversité et le réchauffement climatique menacent la survie de l’humanité. Face à cette urgence, la tradition chrétienne, fondée sur la Bible, fournit des ressources précieuses pour l’engagement chrétien. Les appels du pape François ne constituent pas une rupture avec les discours de ses prédécesseurs mais s’enracinent en eux. -
« L’enseignement social de l’Église selon le pape François » – Christoph Theobald (2016) – NRT 138/2, p. 273-288.
Le jésuite Christoph Theobald dresse un bilan de la doctrine sociale catholique telle que renouvelée par le pape François. Il met en évidence cinq axes majeurs du magistère social de François : l’option pour les pauvres, le dialogue interreligieux, la sauvegarde de la création, la promotion du pluralisme culturel, et la miséricorde comme clé de voûte. Il montre comment François intègre ces dimensions dans une vision cohérente d’« écologie intégrale », prolongeant Gaudium et spes et Populorum progressio. L’article souligne l’importance doctrinale de Laudato si’ dans cette évolution : en liant étroitement la crise sociale et la crise écologique, François enrichit la doctrine sociale d’une conscience écologique sans précédent. C. Theobald conclut que le pape actuel insuffle à l’enseignement social catholique un style pastoral nouveau, plus attentif aux « périphéries » et aux signes des temps.
IIIAbus sexuels et cléricalisme : vulnérabilité et purification de l’Église
Un mot doit être dit de la douloureuse question des abus sexuels et du cléricalisme, qui constitue un test pour la crédibilité de l’Église. François a convoqué en 2019 un sommet sur la protection des mineurs et a pris des mesures canoniques (comme Vos estis lux mundi) pour responsabiliser les évêques. Théologiquement, il a souvent relié la crise des abus à la mondanité spirituelle et au cléricalisme, ces travers d’une Église qui s’adore elle-même au lieu de servir humblement. Si le pape François a initié un changement de ton et quelques actes forts, la pleine mise en œuvre de tolérance zéro reste un chantier. L’ecclésiologie sous François est une ecclésiologie en tension entre un idéal élevé – une Église pauvre, synodale, transparente – et les pesanteurs d’une institution bimillénaire confrontée à ses propres faiblesses. Cette tension, toutefois, n’est pas négative : elle oblige la théologie à accompagner la réforme concrète par une réflexion sur la nature de l’Église, toujours sainte et pécheresse, toujours guidée par l’Esprit mais confiée à des hommes fragiles.
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« Victimes d’abus dans l’Église. Pour une théologie de la vulnérabilité, de la responsabilité et de la guérison » – Béatrice Guillon (2022) – NRT 144/1, p. 24-37.
Confrontée au Rapport Sauvé révélant la gravité systémique des abus sexuels dans l’Église, Béatrice Guillon propose de repenser la théologie du salut à la lumière de la vulnérabilité humaine. Son article part du constat que le pape François appelle l’Église à une profonde conversion : il faut passer d’une attitude de déni ou de culpabilité stérile à une reconnaissance lucide des victimes et à un chemin de guérison. B. Guillon développe une « théologie de la vulnérabilité » où le Corps du Christ blessé (l’Église) est solidaire des souffrances des victimes. La responsabilité ecclésiale implique selon elle une purification par la vérité, la pénitence et des réformes structurelles pour briser la culture du silence. Ce travail théologique rejoint l’accent mis par François sur la tolérance zéro et sur la nécessaire pénitence de toute l’Église devant ces crimes. -
« Quelques clés du combat de François contre les abus, dix ans après le début de son pontificat » – Jordi Bertomeu Farnós (2023) – NRT 145/3, p. 420-442.
Le pontificat de François est profondément marqué par la crise des abus sexuels dans l’Église. Mais cette crise a une histoire qui est aussi juridique. La manière dont on a traité des délits de pédophilie ou d’abus sexuels par des clercs a été marquée par une forme de naïveté anti-juridique post-conciliaire que les derniers papes ont cherché à corriger à partir du Code de 1983 et de l’importance prise par la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Les étapes décrites ici montrent la détermination sans équivoque de François à résoudre une fois pour toutes cette tragédie. Mais François a aussi, de manière très ambitieuse, appelé l’Église tout entière à être un lieu de relations saines et sûres pour les fidèles les plus vulnérables. -
« Le combat d’Henri de Lubac et du pape François contre la “mondanité spirituelle” » – Emmanuel Decaux (2024) – NRT 146-4, p. 635-652.
Le pape François s’appuyait régulièrement sur Henri de Lubac pour dénoncer ce que tous deux appellent la « mondanité spirituelle ». Quel est le sens de cette expression ? Quel lien pouvons-nous voir entre le pape actuel et son devancier qui puisse soutenir l’intérêt et l’actualité d’une telle expression ? -
« Vers un changement de culture ecclésiale ? » – Marc Fassier (2020) – NRT 142/3, p. 412-424.
Ce texte analyse la Lettre au peuple de Dieu du pape François, mettant en lumière la nécessité d’une transformation culturelle au sein de l'Église, notamment en réponse au cléricalisme. La crise des abus sexuels dans l’Église vient interroger le caractère évangélique de sa propre culture institutionnelle alors qu’elle pensait elle-même évangéliser la culture. Il s’agit alors d’interroger le rapport de l’Église comme réalité complexe à la culture pour envisager les ressorts d’une transformation culturelle, les acteurs, les lieux et les mécanismes de cette transformation. - « Le pape François garant de la doctrine liturgique de saint Pie V » – Henry Donneaud, o.p. (2022) – NRT 144/1, p. 38-54.
L’article analyse la justification théologique de Traditionis custodes, notamment la primauté de la lex orandi du Missel issu de Vatican II pour exprimer l’unique lex credendi de l’Église latine. Donneaud conclut que François exerce ici son rôle pétrinien de sauvegarde de l’unité de la foi, quitte à prendre des mesures disciplinaires fortes, tout en réaffirmant le riche héritage doctrinal du rite tridentin que la nouvelle liturgie continue d’honorer.
IVThéologie et pastorale : une Église de l’accueil
L’apport du pape François à la théologie pastorale, missionnaire se caractérise par une synthèse originale entre évangélisation et promotion humaine, dans la lignée de Evangelii nuntiandi mais avec une intensité nouvelle. Il redonne à l’Église entière son élan missionnaire premier, tout en l’invitant à sortir des schémas autoréférentiels. La « joie de l’Évangile » devient ainsi le critère de vérification : une communauté chrétienne missionnaire est une communauté joyeuse, fraternelle, accueillante, capable de se faire petite parmi les petits. Cette vision cohérente enthousiasme beaucoup de croyants et renouvelle la réflexion théologique sur la nature de la mission. Elle comporte aussi des points à approfondir : par exemple, comment articuler la proposition explicite de la foi dans le Christ unique sauveur avec l’estime sincère des autres religions professée par le pape (cf. Fratelli tutti et le Document d’Abu Dhabi) ? Comment éviter que la mission ne soit réduite à de l’action humanitaire, ou inversement qu’elle ne néglige la transformation des structures d’injustice ? Ces interrogations montrent que François ne fournit pas toutes les réponses, mais pose un cadre stimulant où la mission est vraiment comprise comme le signe de la vitalité théologique d’une Église.
- « Évangélisation et promotion humaine. La conversion pastorale selon le pape François » – Mgr Celestino Migliore (2021) – NRT 143-2, p. 246-255 .
Le nonce en France Mgr Celestino Migliore insiste sur l’abandon d’une attitude de défense pour adopter une attitude de proposition confiante. Il parle d’opérer la transition d’une pastorale de conservation (centrée sur l’entretien des acquis, des structures existantes) à une pastorale générative, c’est-à-dire créative, osant des initiatives nouvelles pour annoncer le Christ. Cette conversion pastorale est un thème majeur chez François : elle signifie que ce n’est pas le monde qui doit s’adapter à l’Église, mais l’Église qui doit sans cesse se réformer pour mieux rejoindre le monde avec l’Évangile. Théologiquement, cela renverse une perspective longtemps prédominante d’Église comme forteresse assiégée. Désormais, la crédibilité de l’Évangile se joue dans la capacité des chrétiens à transmettre la foi par attraction, par la joie rayonnante de leur témoignage (d’où le titre programmatique La Joie de l’Évangile). -
« L’odeur du Pasteur. La figure de l’évêque selon le pape François » – Diego Fares (2016) – NRT 138-1, p. 23-39.
Un des fils conducteurs du magistère du pape François est son désir d’une Église mue par la miséricorde et au service des plus nécessiteux. Dans cette perspective, en tant qu’« évêque de Rome », il a présenté progressivement la vision – qui n’est pas nouvelle – de l’évêque comme pasteur face à l’image de l’« évêque-pilote » ou de l’« évêque-prince ». Cet horizon a son origine dans l’Évangile, la Tradition et, par hypothèse, dans l’ecclésiologie de Vatican II. -
« Amoris laetitia : discerner à la lumière de la Parole de Dieu » – Laetitia Calmeyn (2016) – NRT 138-3 (2016), p. 385-399.
L’exhortation apostolique Amoris laetitia invite à entrer dans la contemplation de la famille que « la Parole de Dieu met entre les mains de l’homme, de la femme et des enfants » (AL 29). Cette approche théologale fait cheminer dans une vision réaliste et salutaire des diverses situations familiales : la lecture de l’Écriture, dans ses détours et contradictions, en référence à l’amour du Christ pour son Église, conduit au discernement et à l’accompagnement. -
« Le discernement pastoral après Amoris laetitia : manifester le kairos » – Alain Mattheeuws (2017) – NRT 139/4, p. 587-604.
Alain Mattheeuws analyse Amoris laetitia comme un kairos pastoral, c’est-à-dire un moment opportun offert à l’Église pour renouveler son accompagnement des familles. Après deux ans de synodes sur la famille, La Joie de l’Amour marque un tournant : le pape François y encourage un discernement pastoral ajusté à chaque situation, notamment pour les divorcés remarié. Mattheeuws décrit comment cette exhortation, loin de « changer la doctrine », change le regard : il s’agit de manifester la miséricorde de Dieu au cœur des fragilités familiales, en intégrant plutôt qu’en excluant. L’article souligne que François insiste sur le for interne (la conscience éclairée) et la gradation des situations. Ce discernement, mené avec un prêtre, peut aboutir dans certains cas à l’accès aux sacrements pour les divorcés remariés, sans généralisation automatique. Mattheeuws salue cette approche comme l’exemple même de la tradition vivante : un aggiornamento pastoral qui ne trahit pas l’Évangile, mais le rend accessible hic et nunc. -
« “Entrer dans la complexité du réel”. Sur le renouvellement de l’étude de l’histoire de l’Église » – Bernard Joassart (2025) – Nouvelles théologiques janv. 2025.
Même si l’imagination est un auxiliaire précieux du métier d’historien, celui-ci n’invente pas ses personnages : ceux-ci sont bien réels, et il tente de les comprendre avec sympathie. Et par là, l’étude de l’histoire est une porte d’entrée dans la solidarité avec toute l’humanité, d’hier, d’aujourd’hui et de demain. L’histoire est aussi une voie pour entrer dans l’acte de foi : il s’agit de faire confiance – certes pas aveuglément – à ce que nos prédécesseurs nous ont légué comme témoignages de leur vie. -
« Mémoire, mémorial et accueil du migrant » – Rivka Karplus (2024) – NRT 146/3, p. 421-435.
Rivka Karplus, médecin établie en Israël, médite sur le défi de l’accueil des migrants à la lumière de l’expérience biblique et juive. Elle met en parallèle la mémoire historique du peuple juif – marqué par l’exode et l’exil – avec l’appel du pape François à accueillir l’étranger. L’article souligne que pour François, la crise migratoire est un mémorial vivant qui interroge la conscience de l’Église. Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et réfugiés constituent pour lui un impératif évangélique moderne, un véritable lieu théologique où se joue la crédibilité de l’Église. Faire mémoire de la souffrance des migrants dans la prière et la liturgie conduit à une conversion du regard et du cœur des fidèles. -
« Frontières et universalité. La culture de la rencontre à l’épreuve des limites » – Alexis Leproux (2025) – NRT 147/2, p. 231-246.
En confrontant les perspectives bibliques, historiques et contemporaines, on interroge le rôle des frontières comme espaces de régulation et de rencontre. Se fait entendre alors un appel à réconcilier droits humains et solidarité, dans le respect de l’identité des peuples. Une invitation est lancée à transformer ces lieux de fracture en instruments de justice et de paix.
Le pontificat du pape François lègue à la théologie contemporaine un programme en cours d’élaboration : celui d’une Église pauvre avec et pour les pauvres, synodale et missionnaire, où la doctrine s’articule à la compassion. Pour la Nouvelle Revue Théologique et sans doute les autres revues académiques, il s’agit d’un terreau fertile : de nombreux articles que nous avons évoqués témoignent déjà de l’effort pour penser ces évolutions de manière rigoureuse. En définitive, l’apport de François ne se mesure peut-être pas d’abord en concepts inédits, mais en un style théologique : une manière de faire de la théologie « en sortie », proche du terrain et du Peuple de Dieu, sans perdre la hauteur de vue spirituelle. C’est là une invitation pour les théologiens à poursuivre le travail, en fidélité créative, afin que la réflexion théologique continue d’accompagner la grande transformation missionnaire de l’Église au XXIe siècle.
La théologie ne peut se détacher de la vie concrète du Peuple de Dieu ni se réduire à un exercice conceptuel fermé sur lui-même. Nous rendons grâce pour le pape François qui, successeur de Pierre, a « fortifié ses frères » en leur montrant que l’intelligence de la foi s’éclaire toujours davantage lorsqu’elle se laisse habiter par la joie de l’Évangile.
Alban Massie s.j.